L’évolution des connaissances en biologie devrait enfin condamner
la transgénèse en agriculture
Il y a trente ans, les écologistes alertaient les pouvoirs publics sur les conséquences d’une gestion réductionniste des milieux aquatiques. Actuellement, prenant acte des dégâts considérables commis dans ce domaine, la Directive Cadre sur l’Eau prescrit… les mesures réclamées il y a trente ans.
Pour ce qui concerne la génétique, les critiques fondamentales émises contre la conception réductionniste de cette technoscience il y a vingt ans viennent d’être partiellement validées par le programme de recherche international « ENCODE » dont les résultats figurent dans le numéro de Nature de juin 2007. Est-ce le signe d’une prise en compte accélérée de la raison par la conception générale dominante ? Ce devrait être, en tout cas, la fin des OGM en agriculture et le début d’un changement radical du paradigme dominant en biologie.
Le mois dernier, le National Human Genome Research Institute (www.genome.gov) publiait un avertissement, à la suite des résultats d’une vaste étude sur le génome humain impliquant plus de 80 organisations internationales, qui ont, durant quatre ans, analysé quelques six millions de données. Ce programme, nommé « ENCODE » (ENCYClopedia Of Dna Elements) fait définitivement tomber les bases théoriques (si on peut dire) sur lesquelles repose la transgénèse, confirmant ainsi ce qui avait déjà été partiellement montré chez les autres animaux et les plantes.
Les OGM sont construits avec l’intention de doter un être vivant d’une propriété qu’il n’a pas et qu’il ne peut acquérir de façon naturelle.
Dans la vision simpliste actuelle, une telle fonction correspond à une protéine, codée par un gène. Le fonctionnement de la vie est donc réduit à un ensemble d’instructions indépendantes, sur le modèle d’un programme informatique.
On peut donc, pour arriver à ses fins, prendre un gène correspondant à la fonction désirée, dans un autre être vivant, même naturellement incompatible et le coller dans le génome auquel on s’intéresse.
Déjà, le dogme (totalement infondé !) « un gène, une protéine, une fonction » nécessaire à la justification de la transgénèse, avait été totalement infirmé par l’expérience. La notion même de gène avait été remise en cause.
Actuellement, avec les résultats publiés par le National Human Genome Institute, c’est un fonctionnement génétique en réseau complexe d’interactions qui s’impose.
Si la transgénèse peut encore, sous réserve de réviser les schémas interprétatifs, rester un moyen d’investigation au laboratoire, elle n’a plus aucun fondement scientifique qui permette la poursuite de son application à des fins de production.
Au lieu d’une évaluation « au cas par cas » des OGM qui tient pour acquis la validité des bases théoriques de la transgénèse, il convient dès maintenant, avant que l’irréversible ne soit produit, reprendre l’évaluation des pratiques biotechnologiques dans leur globalité.
Dr. Frédéric Jacquemart
Président du GIET
juillet 2007